Article le Progrès
les dimanches villeurbannais

« La Chine ou le Tonkin »
Chaque dimanche, l'écrivain Jacques Bruyas égrène ses souvenirs des dimanches d'antan à Villeurbanne
Un dimanche matin au Tonkin,
cela ressemblait fort à la visite chez le brocanteur du père de Pagnol (dans ses souvenirs d'enfance) avec le faux fusil d'Abd El Kader, la chaise à trois pieds et le cornet à pistons dont nul n'a jamais su jouer. A même le sol, les vendeurs présentaient leurs trésors à des badauds enclins à une mansuétude mercantile étonnante, achetant l'inutile avec la conviction d'un paroissien processionnaire du 15 août. Un jour, c'était le coup de cœur fatal pour le plus encombrant des encombrants et il fallait rentrer à travers le dédale labyrinthique des ruelles du Tonkin (le fil d'Ariane y est toujours nécessaire de nos jours), mais on avait fait l'affaire de sa vie ! Un étendage à linge pour le balcon qu'on n'avait pas, une sulfateuse Vermorel en cuivre pour le rare pot de fleurs ornant une fenêtre borgne, le nécessaire de ramoneur pour l'hypothétique cheminée d'une hypothétique future maison de campagne… Qu'importe ! Le Tonkin prenait des allures de bazar oriental et méritait grandement son nom. Raymond Grandjean ou Jocelyne Vidal-Blanchard ont évoqué en deux ouvrages sympathiques ces temps forts de la « chine » villeurbannaise.